Internet ou DAB+?

La radio FM est un moyen de transmission qui a près de 85 ans. Fort est à parier qu’il sera encore là longtemps. Cependant, les jeunes délaissent de plus en plus les médias traditionnels pour des alternatives, ce qui laisse souvent perplexe les décideurs. La radio n’échappe pas à ce phénomène. Si le DAB+ et technologies similaires semblent appropriées pour migrer vers le numérique, l’alternative de la radio IP doit être considérée dans le présent rapport.

Le site de MaRadio.be (http://www.maradio.be/dab) énumére les 7 principaux avantages du DAB+ par rapport à la FM:

  1. Plus de radios
  2. Plus de confort d’écoute
  3. Plus de qualité
  4. Plus d’illustrations sur les programmes
  5. Plus de services
  6. Plus d’événements
  7. Plus de simplicité d’utilisation

Selon nos tests et d’autres études, nous savons déjà qu’il faut relativiser les 3 premiers points. Les solutions envisagées pour les radios locales ne rencontreront pas ces critères (voir http://dabplus2019.be/caracteristiques-techniques/). Les trois  points qui suivent sont également compromis pour des raisons de place (ironiquement), sur les multiplex des grandes villes. Le 7ème ne nous semble pas pertinent car il ne dépend pas de la technologie mais de la manière dont elle est employée et proposée.

Nous pouvons, cette fois, reprendre chacun de ces avantages en comparant avec la radio IP. La radio IP n’offre pas “plus de radios” à écouter, mais la totalité d’entre elles. Le confort d’écoute et la qualité sont dans la plupart des cas bien supérieurs au DAB+ (dans sa forme proposée actuellement) et permet également la mise en œuvre de mécanismes anti-coupures impossibles à mettre en oeuvre par voie hertzienne (tampon data + disponibilité durable des minutes précédentes).  Les illustrations des programmes et l’événementiel n’est qu’une des multitudes possibilités proposés par l’IP.

Nous pourrions donc nous poser la question de l’intérêt du DAB+, qui est une avancée par rapport à la FM, mais très limité par rapport à l’IP. Deux arguments sont généralement avancés. Le premier concerne l’éventualité d’une saturation du réseau faisant suite à une demande accrue. Le second concerne les coûts pour l’opérateur et aussi et surtout, pour l’auditeur.

Pour le premier, on peut supposer que (de manière assez ironique) c’est le second qui fera en sorte que cette saturation n’arrive jamais. En effet, le trafic de l’audio est marginal en comparaison à la vidéo dont la demande est en train d’exploser. Les jeunes ne regardent déjà plus la télé, et préfère des alternatives comme YouTube, principalement sur mobile. Les volumes consommés sont déjà immenses et cela ne pose pas de problèmes avec la 4G actuelle (bientôt remplacée par la 5G). De plus, les avancées technologiques, comme dans beaucoup de domaines, se développeront plus vite que la transition (inéluctable) de l’écoute FM vers l’IP. La probabilité qu’une saturation arrive est donc assez basse étant donné les enjeux économiques. Plus d’information sur ces aspects peuvent être consultés dans ces rapports : https://www.statista.com/topics/779/mobile-internet/.

Le second point était un bon argument il y a 10 ans, mais les choses ont bien évoluées depuis. Aujourd’hui, 20% des auditeurs écoutent la radio IP en mobile (http://www.mm.be/userfiles/media/MM%202018%20Week%205%20-%20Visuel%201.pdf). 45% des moins de 35 ans écoutent la radio par internet (https://www.lalettre.pro/Suisse-le-DAB-a-le-vent-en-poupe_a18844.html). D’ailleurs, nous pouvons aisément le calculer à nouveau les coûts avec les chiffres d’aujourd’hui. Sans tenir compte de la chute vertigineuse du coût actuel du bytes mobile (il existe une pléthore d’études sur le sujet, encore une fois pas centrée sur la radio IP qui est insignifiante pour les telcos, mais sur tout le reste (surtout la vidéo et l’IoT):

http://research.rewheel.fi/insights/2014_nov_premium_q4_update/), on peut partir du constat qu’un auditeur « mobile », c’est à dire qui écoute dans sa voiture, passe en moyenne 29 minutes par jour à le faire (source CIM vague 2017-2). Une radio standard propose ses flux à du 128kbits (16 bytes par seconde transférés). La consommation d’une personne moyenne sera donc de:
128 Kbps * 1000 / 8 = 16.000 bytes par seconde

  • 16.000 bytes par seconde * 60 * 29 = 27.840.000 bytes par jour
  • 27.840.000 bytes par jour * 20 jours de travail = 556.800.000 bytes par mois
  • 556.800.000 bytes par mois correspondent à 0,5568 gigabytes

On peut diviser par deux ce chiffre si on se cale sur la même qualité envisagée du DAB+, soit 64Kbps. Ces chiffres ne représentent qu’une petite partie des forfaits actuels qui proposent plusieurs gigabytes pour moins de 5€ par mois (source: https://www.mesfournisseurs.be/internet/internet-mobile).

Pour l’opérateur, le calcul peut également se faire sur base des chiffres du CIM. On peut estimer que l’ensemble des radios locales (et provinciales) ont une audience similaire à Bel RTL, soit 500.000 auditeurs par jour avec des piques de 50.000 simultanés pendant la journée. Le coût actuel d’un service de streaming en ligne est d’environ 100€ par mois pour une capacité de 2.000 auditeurs simultanés dans la journée. Sans tenir compte de l’économie d’échelle, le budget total « streaming » pour l’ensemble des radios indépendantes de la FWB (un peu moins de 100 radios) serait de 2.500€ par mois pour à peine le budget FM d’une poignée d’entre elles. L’intérêt économique pour les grands réseau est encore bien plus important. C’est la raison pour laquelle le stream internet est gratuit pour tous les membres de RNI+.

Si la transition vers l’IP est inéluctable, avantageuse financièrement (du moins pour l’opérateur), garante de la pluralité des médias, favorable à l’augmentation de la qualité d’écoute, quel intérêt d’investir dans le DAB+, une technologie déjà ancienne qui ne fait pas l’unanimité ?

En réalité, la version réaliste de ce qui précède pourrait prendre encore 10 ans. Le démarrage du DAB+, bien que coûteuse, peut-être faite très rapidement. Le succès de la transition dépendra de la capacité qu’auront les différentes parties prenantes à collaborer pour proposer une offre de contenus attrayante, mais aussi d’une campagne de promotion à la hauteur.

Sans soutien financier, les radios indépendantes ne seront pas en mesure de proposer leurs programmes en FM et en DAB+ simultanément. C’est une condition indispensable pour rencontrer l’objectif de pluralisme garant de notre démocratie (voir http://www.csa.be/pluralisme). De plus, un contenu réduit pourrait pousser les consommateurs à rester sur la FM ou opter pour l’alternative de la radio IP déjà possible et très attrayante.